La Créature

La Créature

La Créature est apparue
La jolie fleur née du bitume
Belle dans un soleil perdu
Exhalant un parfum que j’hume.

Est-ce une femme ou bien un homme ?
Des poils sur un menton si fin,
Une pomme d’Adam fantôme,
Un pull, cotte de mailles en lin.

Perdue près d’une gare sainte,
Lézardant, psalmodiant des vers
Étrangers venus d’une crainte
Passée, d’une fuite à l’envers.

Sur un trottoir, l’arrêt d’un bus
Cette étrangère S.D.F.
Fantasmée par le groupe Nûs ;
Cet être étrange tel un elfe,

Apparu aux yeux des passants
Dans un air blême et souffreteux ;
Aigle au regard troublé, perçant
Les sourires des amoureux.

*

La Créature a disparue
Je ne vois qu’un chien souriant
Apparaître au coin de la rue
Léchant son petit trou brillant.

L’étrangère aux pieds si meurtris
Noircis de honte ou de goudron
Rongés d’une gangrène impie
Que les Rois jamais ne voudrons.

Je te veux pour Reine et t’aimer
Dans le velours de ma mémoire ;
Dans mes bras j’ai voulu serrer
Ton petit cœur seul, nu sans moire.

J’ai cherché partout sur la ligne
Le boulevard, la rue, la place
Aucune trace et aucun signe
De ton immanente disgrâce.

Sinistre est le soleil couchant
Il est pauvre, il rougit de honte,
Il se couche le long d’un champ :
L’auréole d’or dans la fonte.

© Patrick Bonnet, 9 avril 2014.

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